L’islam face à la modernité : le diagnostic critique de Ferghane Azihari

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Publié le 2 avril 2026|Collectif Nour Al Aalam|3 min de lecture
L’islam face à la modernité : le diagnostic critique de Ferghane Azihari

Introduction

Dans un long entretien accordé à la chaîne « Nour Al Aalam », l’essayiste Ferghane Azihari, auteur de L’Islam contre la modernité, propose une analyse critique de la situation contemporaine des sociétés musulmanes. S’appuyant sur des données statistiques et une lecture historique, il dresse un constat sévère et appelle à une transformation intellectuelle fondée sur la raison et l’approche historico-critique.

Un constat appuyé sur des indicateurs contemporains

Pour l’analyste, il ne s’agit pas d’un jugement idéologique mais d’un diagnostic fondé sur des indicateurs politiques, économiques et sociaux.


Il souligne d’abord un déficit démocratique marqué. Dans un ensemble représentant près d’un quart de la population mondiale, seule une minorité vivrait, selon lui, dans des systèmes politiques comparables aux standards démocratiques internationaux.


Sur la question des droits humains, il met en avant la situation de certaines minorités religieuses et le maintien, dans plusieurs pays, de législations liées à l’apostasie. Ces éléments sont présentés comme des indicateurs de tensions structurelles entre normes religieuses et standards contemporains.


La condition féminine constitue un autre point central de son analyse. Azihari évoque des classements internationaux dans lesquels de nombreux pays à majorité musulmane occupent des positions basses en matière d’égalité entre les sexes, ainsi que la persistance de pratiques comme les mariages précoces.


Enfin, il insiste sur ce qu’il considère comme une stagnation intellectuelle relative, en soulignant le faible nombre de distinctions scientifiques internationales issues de ces régions, tout en notant que certains profils ayant émergé ont souvent poursuivi leur trajectoire hors de leur pays d’origine.

Une relecture critique de l’histoire

L’un des axes majeurs de son intervention concerne l’histoire intellectuelle du monde musulman. Azihari conteste l’idée d’une rupture civilisatrice apportée par l’islam dans une Arabie isolée.


Il rappelle au contraire que l’islam s’est développé dans un espace déjà structuré par des traditions savantes anciennes, notamment au Proche-Orient. Dans cette perspective, les figures majeures comme Averroès ou Ibn Khaldoun seraient, selon lui, davantage les héritiers d’un patrimoine intellectuel antérieur que les produits exclusifs d’un système religieux.

Les mécanismes de reproduction sociale

L’essayiste s’interroge également sur les facteurs qui expliqueraient la persistance de ces structures. Il évoque notamment le coût social et juridique de la sortie de la religion dans certains contextes, ainsi que le poids des normes collectives.


Il souligne aussi l’importance des représentations identitaires, notamment l’idée d’appartenir à une communauté valorisée. Toutefois, il met en regard ce discours avec les dynamiques migratoires contemporaines, en relevant que de nombreux individus issus de ces sociétés choisissent de s’installer dans des pays offrant davantage de libertés individuelles.

L’enjeu de la critique historique

Pour Azihari, une transformation durable passerait par l’adoption des outils de la recherche moderne, notamment l’analyse historico-critique des textes religieux.


Il estime que, contrairement à d’autres traditions religieuses, l’islam n’aurait pas encore connu une phase comparable aux Lumières européennes. Cette absence serait, selon lui, un frein à l’émergence d’un débat intellectuel pleinement libre.


Il critique également certaines approches éducatives qu’il juge insuffisamment distanciées, appelant à une plus grande rigueur critique dans l’enseignement de l’histoire religieuse.

Une critique du regard occidental

Enfin, Azihari s’en prend à ce qu’il perçoit comme une forme de retenue dans les sociétés occidentales, où l’islam serait parfois moins soumis à la critique que d’autres systèmes de pensée.

Il interprète cette attitude comme une forme de paternalisme, qui empêcherait de considérer les sociétés musulmanes comme pleinement capables de transformation interne.

Conclusion

À travers cette analyse, Ferghane Azihari propose une lecture critique du rapport entre islam et modernité, en insistant sur les tensions entre héritage religieux, structures sociales et exigences contemporaines.


Son diagnostic, volontairement tranché, s’inscrit dans un débat plus large sur l’évolution des sociétés musulmanes et sur les conditions d’une éventuelle réforme intellectuelle.