La notion d'« Évangile » : Entre message oral et texte écrit

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Publié le 8 avril 2026|Collectif Nour Al Aalam|3 min de lecture
La notion d'« Évangile » : Entre message oral et texte écrit

Introduction

Dans le langage religieux contemporain, le mot « Évangile » est presque systématiquement associé aux quatre récits canoniques de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Pourtant, une analyse étymologique et contextuelle des Écritures révèle une distinction fondamentale entre l’Évangile en tant qu’ouvrage littéraire et l’Évangile en tant que message. Cette confusion sémantique est souvent au cœur des débats sur la nature de la révélation chrétienne. La problématique centrale consiste donc à définir ce que le Christ et ses apôtres entendaient par ce terme : s’agissait-il d’un livre à diffuser ou d’une « Bonne Nouvelle » à proclamer ?

L'étymologie au service du message : La « Bonne Nouvelle »

Le mot « Évangile » trouve sa source dans le grec euangélion, qui signifie littéralement « Bonne Nouvelle ». Dans le contexte du ministère de Jésus, l'objet de la foi n'était pas un récit biographique écrit, mais le contenu même de sa prédication : l'annonce du salut et la proximité du Royaume de Dieu.


L'Écriture souligne cette dimension orale et active :

  • L'enseignement de Jésus : Il est précisé que le Seigneur parcourait les villes en « prêchant la Bonne Nouvelle du Royaume » (Matthieu 4:23). Ses sermons (Matthieu 5-7) et ses interprétations des prophéties (Luc 24:27) constituaient cet Évangile vivant.
  • La mission des disciples : Avant son Ascension, le Christ n'ordonne pas la rédaction d'un ouvrage, mais la transmission d'un enseignement. Il demande à ses disciples de « faire de toutes les nations des disciples » et de leur enseigner à « observer tout ce qu'il a prescrit » (Matthieu 28:19-20).

L'Évangile chez l'apôtre Paul : Une révélation, non un livre

L'usage du terme par l'apôtre Paul confirme cette primauté du message sur le support écrit. Paul utilise fréquemment le mot « Évangile » pour désigner la teneur de sa prédication, bien qu'il n'ait jamais rédigé d'Évangile au sens de récit biographique de la vie de Jésus.


Dans ses épîtres, il clarifie la source et la nature de son message :

« L'Évangile qui a été annoncé par moi n'est pas de l'homme ; car je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ » (Galates 1:11-12).

Ici, l'Évangile est synonyme de révélation spirituelle et doctrinale. Lorsqu'il se rend à Jérusalem pour exposer l'Évangile qu'il prêche parmi les païens (Galates 2:2), il se réfère à son activité d'annonce et de témoignage, et non à la présentation d'un manuscrit. L'Évangile est alors une « règle de marche » et une vérité à laquelle il faut se conformer, comme il le reproche à ceux qui ne « marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile » (Galates 2:14).

Analyse : Du sens littéral au sens technique

Il est essentiel de distinguer deux niveaux de compréhension du terme, car cette distinction résout de nombreuses tensions théologiques :

  • Le sens étymologique (Le message) : C'est le sens originel utilisé par Jésus et les apôtres. Il désigne la prédication orale, l'enseignement du salut et la personne même du Christ comme « Bonne Nouvelle ».
  • Le sens technique (Le livre) : C'est le sens acquis plus tardivement pour désigner les biographies écrites de Jésus.

L'incohérence survient lorsque l'on projette le sens technique (le livre) sur des passages bibliques où seul le sens étymologique (le message) est d'actualité. Jésus n'a pas apporté un livre déjà rédigé, mais il a été lui-même le porteur et le sujet d'un message qui, par la suite, a été consigné par les quatre évangélistes sous l'inspiration de l'Esprit-Saint (Luc 24:45).

Conclusion

En conclusion, l'Évangile dans son essence biblique n'est pas initialement un objet matériel ou un texte fixé, mais une proclamation dynamique. Le Christ a prêché la Bonne Nouvelle du Royaume, et les apôtres ont poursuivi cette mission par la parole avant que celle-ci ne soit fixée par l'écrit pour les générations futures. Comprendre l'Évangile dans son sens littéral permet de saisir l'intention profonde de Jésus : non pas l'adhésion à un livre préexistant, mais la foi en un message de salut et en une transformation de vie.