Les auteurs du Coran ont plagié des textes anciens.

La sourate 18 (al-Kahf) présente le récit des « compagnons de la caverne » (18 : 9–26), décrivant de jeunes croyants plongés dans un sommeil miraculeux de 309 ans, sortis indemnes pour témoigner de la résurrection des corps. Or, ce récit ne naît pas ex nihilo dans la tradition coranique : il s’inspire largement de la légende des Dormants d’Éphèse, largement diffusée dans l’Antiquité chrétienne et païenne. Comme le souligne le consensus des spécialistes, « une coïncidence remarquable de mots, d’expressions ou de détails narratifs » relie les deux textes. Plus qu’un simple parallèle, cette filiation révèle le bricolage littéraire dont se sont servis les rédacteurs du Coran pour offrir une version synthétique et édifiante de la légende, adaptée à leur public arabe.
1. Origines et transmission de la légende des Dormants d’Éphèse
Genèse et premières mises par écrit
Apparu au Ve siècle sous la forme d’un récit oral, ce conte fut tout d’abord fixé en syriaque par l’évêque Jacques de Saroug († 521). Quelques décennies plus tard, Grégoire de Tours († 594) en proposa une traduction latine, contribuant ainsi à sa diffusion dans l’univers chrétien occidental. Très rapidement, cette version latine donna lieu à des adaptations et traductions en grec, en arabe, en éthiopien, en copte et en arménien, attestant de la richesse et de l’attrait universel de ce patrimoine narratif.
Circulation avant l’islamisation
Avant même l’avènement de l’islam, ce conte circulait activement parmi les communautés chrétiennes arabophones établies en Syrie, en Jordanie et au Yémen. Il était notamment véhiculé dans les monastères syriaques, véritables centres de préservation et de transmission des traditions orales. Ces lieux de recueil et d’étude servaient à la fois de foyer spirituel et de bibliothèque vivante, où récit et méditation se mêlaient pour nourrir la foi et la culture locales.
Origine et nature de la tradition
Si l’on en croit l’historien Thomas Eich, cette histoire ne relève pas d’un texte savant ou d’une œuvre littéraire de cour, mais plutôt d’une tradition populaire profondément ancrée dans la mémoire collective palestinienne. Plutôt qu’un document formel, il s’agirait donc d’une mémoire orale, transmise de génération en génération avant d’être consignée par des hommes d’Église soucieux de préserver ce trésor narratif.
2. Parallèles narratifs essentiels
Conclusion partielle : la trame narrative est presque rigoureusement calquée, la brièveté coranique correspondant à un résumé homilétique destiné à un auditoire déjà familier de la légende.
3. Sources mythologiques et folklore méditerranéen
Bien au-delà de la légende chrétienne, les auteurs du Coran ont puisé dans un répertoire mythique bien antérieur pour façonner leurs récits. Parmi ces traditions, on retrouve la fascination pour les héros miraculés par un long sommeil : Épiménide, resté 57 ans dans une grotte avant de reprendre vie, ou encore le « long sommeil » des Sardes, qu’Aristote mentionne près des tombeaux d’Héraclès. À Éphèse, la légende d’Endymion évoque un jeune homme plongé dans un sommeil éternel, accompagné de son fidèle chien.
Le thème de la caverne s’impose alors comme un véritable symbole de renaissance et de mystère. Dans l’Antiquité grecque et proche-orientale, ces grottes étaient perçues comme des lieux d’initiation mystique, propices à la rencontre du divin : Pan dans ses forêts, Hécate dans la nuit, mais aussi les grandes figures bibliques telles que David ou Moïse, et jusqu’à Mohammed dans la grotte de al-Hira. Elles offrent un espace hors du temps, où l’âme se purifie avant de retrouver le monde extérieur.
Cette idée trouve un écho théologique chez les pères syriaques, comme Aphraate au IV e siècle, qui concevaient l’âme comme plongée dans un sommeil avant la résurrection. Cette doctrine se reflète dans plusieurs versets coraniques (10 : 45 ; 17 : 52 ; 20 : 103), où le sommeil devient métaphore de la transition entre vie terrestre et vie éternelle. Ainsi, derrière le récit coranique des Dormants se cache un héritage plurimillénaire, tissé de croyances païennes, judéo-chrétiennes et orientales, que les rédacteurs ont su transformer en une puissante allégorie de la foi et de l’espérance.
4. L’apport original du récit coranique
4.1. Le « raqm » et le chien gardien
Le récit coranique des Dormants emprunte au fonds chrétien la mystérieuse tablette — al-raqm — qui, loin de n’être qu’un signe de propriété, devient dans la tradition islamique un évangile muet inscrit sur du plomb. Ce « raqm » évoque à la fois le poids matériel du document et sa valeur spirituelle : gravé dans l’obscurité, il scelle le pacte entre les dormants et leur destin. À l’entrée de la caverne, c’est Kitmîr, le chien fidèle, qui assure la garde. Absent des versions lettrées, il puise son origine dans la mémoire populaire et les amulettes magiques du Ve siècle : gardien à la fois terrestre et surnaturel, il fait écho aux figures d’Anubis et de Cerbère, et au chien zoroastrien veillant sur le pont des morts. Par ce double symbole — la tablette et le chien — le Coran réinvente le conte chrétien, lui insufflant un souffle nouveau où l’écrit et la présence animale incarnent la frontière entre le sacré et le profane.
4.2. Un argument cosmologique de résurrection
Loin de se limiter à la métaphore du mur et de la pierre, comme la légende chrétienne l’illustre par l’emmurement rituel, le texte coranique met en scène un théâtre cosmique : la caverne devient un sanctuaire obscur, à l’abri du soleil implacable. La mention du retournement corporel (18 : 18) transforme les dormants en graines endormies, prêtes à germer sous la sève céleste : la position sur le flanc est moins un artifice narratif qu’un signe de préparation à la renaissance. Cette image s’enracine dans les Textes des Pyramides, où la nuit et le secret sont déjà les instruments d’une résurrection divine. Ainsi, le Coran ne se contente pas de plagier la vieille légende ; il la transcende, lui offrant une portée cosmologique où la protection naturelle et le cycle des astres deviennent les piliers d’une espérance universelle.
Conclusion
Le récit coranique des compagnons de la caverne est sans conteste un héritier de la légende des Dormants d’Éphèse, elle-même issue d’un conglomérat de traditions orales et mythiques méditerranéennes. Le Coran érige cette fiction littéraire en « histoire vraie » (haqq), non par souci de nouveauté, mais pour mieux servir son objectif doctrinal : convaincre de la résurrection des corps à travers la forme d’une brève homélie narrative, adaptée à un public déjà versé dans ces traditions. Une preuve supplémentaire que la rédaction du Coran ne correspond pas à ce qu’enseigne la tradition islamique.
Références :
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Textes des Pyramides, cités par Gobillot, art. cit., p. 673.