Les secrets du lexique coranique : l’héritage de la langue araméenne

CoranIslam
Publié le 26 mars 2026|Collectif Nour Al Aalam|2 min de lecture
Les secrets du lexique coranique : l’héritage de la langue araméenne

Introduction

Le Coran se présente comme une « récitation arabe claire », mais pour l’historien et le philologue, son texte est un miroir fascinant des échanges linguistiques de l’Antiquité tardive. L'un des apports les plus significatifs est sans conteste celui de l'araméen (et de sa variante liturgique, le syriaque), qui était alors la langue de culture et de religion dominante au Proche-Orient. Loin d'être de simples « emprunts », ces termes constituent le socle de la terminologie religieuse de l'islam naissant.

1. Les Piliers de la foi : Salāt et Zakāt

Les termes désignant la prière (ṣalāt) et l'aumône (zakāt) sont parmi les exemples les plus frappants. Leur orthographe même dans le texte coranique (écrite avec la consonne wāw : ṣlwt et zkwt) est un décalque direct de l'orthographe judéo-araméenne ou syriaque.


— Ṣalāt : Dérive du syriaque ṣlōtā (prière). Des inscriptions préislamiques au Yémen montrent que ce mot était déjà acclimaté en Arabie au moins deux siècles avant l'Hégire.

— Zakāt : Vient du mot araméen zēkhūtā. Si en arabe classique le terme a fini par désigner l'aumône légale, son origine araméenne renvoie à l'idée de mérite, de pureté ou de faveur divine.

2. Nommer le Livre et ses chapitres

Même les mots les plus fondamentaux pour désigner le corpus sacré semblent avoir des racines araméennes :


— Qur’ān (Coran) : Les chercheurs s'accordent majoritairement pour dire que ce terme dérive du syriaque qeryānā, qui désigne une « leçon » scripturaire ou un lectionnaire (un recueil de textes destinés à être lus lors des offices liturgiques).


— Sūra (Sourate) : Plutôt que de dériver d'une racine arabe signifiant « rangée de briques », ce mot pourrait provenir du syriaque surtā, signifiant « écrit » ou « document ».

3. Al-Raḥmān : Un nom divin venu du Nord ?

Le nom de Dieu Al-Raḥmān (« le Bienfaiteur » ou « le Miséricordieux ») occupe une place centrale, étant presque un nom propre au même titre qu'Allah. Or, les philologues ont noté qu'il s'agit d'un emprunt ancien à l'araméen Raḥmānā, utilisé dans le Talmud comme épithète de Dieu. Ce terme était déjà utilisé par les chrétiens et les juifs d'Arabie méridionale des siècles avant Muhammad.

4. Un "carrefour de traditions"

La liste est longue : le mot Injīl (Évangile) est passé du grec à l'arabe par l'intermédiaire du syriaque ou de l'éthiopien ; Furqān (le critère) décline le syriaque purqāna (salut, rédemption) ; et Masjid (mosquée) trouve son ancêtre dans l'araméen masged (lieu de prosternation).

Conclusion

Pourquoi ces influences sont-elles importantes ? Elles prouvent que le Coran n'est pas né dans un désert culturel. Il s'inscrit dans un milieu proto-coranique multilingue où les concepts juifs et chrétiens circulaient librement. En réutilisant ces termes araméens, le texte coranique se donnait une légitimité et une autorité immédiate auprès d'un auditoire qui connaissait déjà ces catégories religieuses.

Comprendre ces racines, c'est redonner au Coran sa place de chef-d'œuvre de l'Antiquité tardive, au carrefour des grandes civilisations de l'écrit.