L’usage du terme « Allah » dans la Bible et l'histoire : une perspective linguistique et théologique

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Publié le 8 avril 2026|Collectif Nour Al Aalam|6 min de lecture
L’usage du terme « Allah » dans la Bible et l'histoire : une perspective linguistique et théologique
  • « Allah » vient d’une racine sémitique commune à « Elohim » et signifie simplement « Dieu ».
  • Ce n’est pas un nom propre exclusif mais un terme générique pour désigner une divinité en arabe.
  • Le mot existait et était utilisé en Arabie avant l’islam, notamment par les chrétiens.
  • Il apparaît dans les traductions arabes de la Bible pour désigner Dieu dès la Genèse.

Introduction

La question de la dénomination de la Divinité est centrale dans le dialogue interreligieux, en particulier entre le christianisme et l’islam. Un point de convergence souvent méconnu, ou source de malentendus, réside dans l’usage du mot « Allah ». Loin d’être une appellation exclusive à l’islam, ce terme possède une profondeur historique et linguistique qui préexiste à la révélation coranique. Cet article se propose d’analyser la présence et la signification du mot « Allah » dans les textes bibliques et dans l'histoire de la chrétienté, afin d'éclairer la relation complexe mais réelle entre les termes désignant le Divin dans les traditions abrahamiques. La problématique centrale est de comprendre si « Allah » est un nom propre unique ou un terme générique pour désigner le Créateur, et comment son usage s'est articulé historiquement, notamment dans le contexte des traductions arabes de la Bible.

Analyse Linguistique et Racines Sémitiques : De Elohim à Allah

La compréhension du terme « Allah » nécessite une plongée dans ses racines étymologiques. L'un des noms principaux de Dieu dans la Bible hébraïque est « Elohim ». L'analyse linguistique révèle que la forme arabe « Allah » est dérivée de cette même racine sémitique. Le dictionnaire Al-Mu'jam al-Wajiz, référence en langue arabe, apporte des précisions cruciales sous l'entrée « Élah » (Dieu/Divinité) : « Le dieu : tout ce qui est pris pour objet d'adoration ». Dans cette même section, le dictionnaire traite des dérivés, parmi lesquels figure le mot « Allah ».


Cette étymologie indique que « Allah », loin d'être un nom propre isolé, est un terme dérivé. En langue arabe, le concept de Ta'lih (déification) désigne l'action de faire d'une chose une divinité, sans que cela n’implique nécessairement le Créateur unique. À titre d'exemple, l'arabe utilise le mot aliha (dieux) pour parler des divinités des anciens Égyptiens ou des idoles, illustrant la polyvalence du terme générique pour « divinité ». La présence du terme « Dieu/Allah » dans la Bible est attestée environ 2 246 fois, s'étendant du tout premier verset du premier chapitre du premier livre (Genèse 1:1) jusqu'au dernier chapitre du Nouveau Testament.

Une Présence Historique Antérieure à l'Islam : La Foi Chrétienne en Arabie

Il est historiquement établi que la langue arabe n'est pas née avec le Coran ; elle est simplement la langue dans laquelle ce texte a été révélé. De même, la présence de la foi chrétienne en Arabie est bien antérieure à l'avènement de l'islam, et avec elle, l'utilisation du terme « Allah » pour désigner le Dieu unique. Les tentatives de traduction de la Bible en arabe ont débuté dès la propagation du christianisme, plusieurs siècles avant le VIIe siècle. Il est inconcevable que les premiers missionnaires chrétiens aient négligé de fournir à leurs fidèles des Écritures dans leur langue maternelle.


Cette présence historique est confirmée par des preuves néotestamentaires et archéologiques. Le livre des Actes des Apôtres témoigne de la présence d'Arabes le jour de la Pentecôte au Ier siècle, entendant les disciples proclamer « les merveilles de Dieu » dans leur propre langue (Actes 2:11). L'apôtre Paul lui-même s'est rendu en Arabie peu après sa conversion (Galates 1:17). Au IIIe siècle, le christianisme était si bien implanté en Arabie qu'il y existait de nombreux diocèses épiscopaux. Le théologien Origène s'y rendit en 215 apr. J.-C. pour consolider la foi, et un concile composé de 14 évêques s'y tint pour condamner certaines hérésies. Les actes de ce concile ont d'ailleurs été découverts en 1941 à Toura, en Égypte.


Un autre argument de poids réside dans l'onomastique (l'étude des noms propres) : le père du prophète de l'Islam s'appelait « Abd-Allah », ce qui signifie « Serviteur de Dieu ». Cela constitue une preuve irréfutable que le mot « Allah » était usité en Arabie bien avant la révélation coranique.

« Allah », un Terme de Désignation et Non un Nom Propre Exclusif

Si « Allah » était un nom propre unique et exclusif, à l'instar d'une identité personnelle spécifique, il ne serait pas traduit. Or, la pratique montre qu'il est systématiquement rendu par God en anglais, Dieu en français, ou Nouti en copte. Cela confirme que « Allah » fonctionne avant tout comme un terme désignant le « Seigneur Dieu Créateur ».

Dieu est Un : Différences de Conception, Unité de Référence

Le postulat théologique fondamental est que Dieu est Un. Il n'existe pas un Dieu distinct pour les chrétiens et un autre pour les musulmans ; c'est le même Dieu Unique qui est au centre des deux monothéismes. L'usage du mot « Allah » par un chrétien se fait dans son sens habituel de Seigneur Créateur, une désignation universelle qui n'est pas intrinsèquement liée à la conception théologique spécifique du Coran. La différence ne réside pas dans l'objet de l'adoration, mais dans la conception que chaque tradition religieuse se fait de Lui.


En définitive, au-delà des débats linguistiques et des formulations doctrinales, Dieu Tout-Puissant demeure au-delà de toutes limitations et descriptions humaines. Aucune langue terrestre ne peut Le définir pleinement. Il est le Créateur transcendant en qui « nous avons la vie, le mouvement, et l'être » (Actes 17:28).

Exemples d’Usage dans la Bible Arabe (Traduction Van Dyck)

La traduction Van Dyck de la Bible en arabe, largement répandue, offre de multiples exemples de l’utilisation de « Allah » pour désigner le Divin. Voici quelques illustrations tirées du livre de la Genèse :

Genèse 1:1 : « Au commencement, Dieu (Allah) créa les cieux et la terre. »
Genèse 1:2 : « ...et l'esprit de Dieu (Allah) se mouvait au-dessus des eaux. »
Genèse 1:3 : « Dieu (Allah) dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. »
Genèse 1:4 : « Dieu (Allah) vit que la lumière était bonne ; et Dieu (Allah) sépara la lumière d'avec les ténèbres. »
Genèse 1:27 : « Dieu (Allah) créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu (Allah), il créa l'homme et la femme. »
Genèse 3:1 : « Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que l'Éternel Dieu (Allah) avait faits. Il dit à la femme : Dieu (Allah) a-t-il réellement dit... ? »

Cette présence se perpétue à travers tout le Pentateuque et l'ensemble des Écritures bibliques en langue arabe.

Conclusion

En résumé, l'analyse historique et linguistique démontre sans équivoque que le terme « Allah » n'est pas une dénomination exclusive à l'islam. Avec ses racines sémitiques communes à l'hébreu Elohim, il fonctionnait comme un terme désignant le Divin bien avant le VIIe siècle. La présence de communautés chrétiennes arabophones et les premières traductions de la Bible en arabe attestent de l'usage pré-islamique de ce mot par les chrétiens pour se référer au Créateur unique. L'onomastique, avec le nom « Abd-Allah », vient corroborer cette antériorité. Par conséquent, si « Allah » est le terme arabe pour « Dieu », l'usage de ce mot n'implique pas une adhésion à la théologie coranique spécifique, mais plutôt une reconnaissance de l'Unité de Dieu, dont les différentes traditions religieuses proposent des conceptions distinctes.